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UNE FRANCE EXPLOSIVE ? - 21 octobre 2015

DE L’URGENCE DE RECONSTRUIRE L’AVANT-GARDE avec des initiatives concrètes – UN ENTRETIEN D’I.C. avec GEORGES GASTAUD, SECRETAIRE NATIONAL du POLE DE RENAISSANCE COMMUNISTE EN FRANCE

 

IC- Le secrétaire général de la CGT met en garde le gouvernement contre le risque d’une explosion sociale. Qu’en penses-tu ?

 G.G. - Divers indices convergents montrent que notre peuple, et particulièrement sa classe ouvrière, sa jeunesse, voire une partie des ainsi-dites couches moyennes, sont exaspérés. La « France d’en bas » ne tolère plus ni le mépris de fer dont elle est l’objet de la part des dominants (actionnaires capitalistes, politiciens pro-UE du PS et de l’ex-UMP, PDG et DRH à la botte des transnationales, médias dominants, hauts fonctionnaires pleins de morgue, pseudo-experts…) et par l’énorme duperie que représente ce pouvoir « socialiste » qui parle à « gauche » mais qui surenchérit sur la droite et qui rampe devant le MEDEF, devant l’UE, devant l’OTAN et devant l’Oncle Sam.

Il y a eu les paysans travailleurs qui, cultivateurs ou éleveurs, ont affronté le pouvoir en réclamant des prix rémunérateurs et qui n’ont eu pour toute réponse que la promesse gouvernementale, accompagnée par la FNSEA, d’aider les « gros » propriétaires liés à la grande distribution et à l’agro-industrie à se moderniser et à concentrer encore plus la production… et les profits.

Il y a les artisans parisiens dont le chef de file, un charcutier qui cite avec finesse René Char, rejette le néolibéralisme du gandin politique Macron et de sa loi (très largement cadrée par la Commission de Bruxelles : cf la lettre de cadrage rédigée en anglais que Moscovici a adressée à Sapin) qui ne parle de libre concurrence que pour mieux écraser les TPME.

Il y a les médecins libéraux qui refusent une réforme qui fait du social sur leur dos en leur infligeant un gros travail supplémentaire non rémunéré alors même que la Sécu et ses remboursements fondent comme neige au soleil du mécanisme unique que forment le « sauvetage de l’euro » et le « remboursement de la dette souveraine ».

Il y a les maires, surtout ceux des petites et moyennes communes, qui manifestent leur mécontentement toutes tendances confondues : ils prennent conscience à l’usage qu’en fait de « décentralisation », l’euro-régionalisation de la France va déboucher, en se conjuguant à l’euro-austérité, sur la mort des communes, et en premier lieu des communes rurales et des villes ouvrières.

Il y a les profs de collège dont une majorité a voté Hollande et qui constatent avec horreur que la « gauche » établie s’inspire du processus de Lisbonne pour liquider l’Education NATIONALE, affaiblir les disciplines enseignées, détruire le statut des professeurs (indispensable à la laïcité car il garantit l’indépendance des profs, et à travers eux, la liberté de penser des élèves) et pour couper les racines de la langue française en détruisant le plurilinguisme scolaire (le tout-anglais euro-atlantique détruit l’enseignement de l’allemand, de l’italien, du russe, etc.) et celui des langues anciennes.

Il y a ces jeunes de La Courneuve, qui conspuent Hollande, l’homme qui avait tout promis à la jeunesse des quartiers déshérités et qui a tout donné aux jeunes… banquiers à la Macron.

Enfin et surtout, il y a le grand retour politico-social de la classe ouvrière. Ridiculisant le baratin du syndicalisme euro-formaté sur la « fin de la lutte des classes », les OUVRIERS d’Air-France ont secoué les dégraisseurs professionnels du patronat qui n’en finissent pas de saccager l’emploi, les salaires, les conditions de travail et la sécurité des vols. Aussitôt les chiens de Berger du MEDEF qui peuplent les médias ont hurlé à la « violence » et Valls-MEDEF, qui mange dans la main du grand patronat voyou, a traité de voyous des syndicalistes en état de légitime défense sociale. La classe ouvrière a riposté sans se laisser impressionner. Du métallo nantais qui a refusé de serrer la main de Hollande à Xavier Matthieu, qui a dénoncé la haine de classe médiatique en passant par les manifs arborant la « chemise » comme un drapeau, sans oublier l’ouvrière qui a invectivé Macron et l’a aspergé de yaourt, les prolétaires de France ont signifié qu’ils n’accepteraient plus d’être humiliés sans user de leur droit à la légitime défense sociale. Et aussitôt, le débat a été recentré dans notre pays, prouvant que la classe ouvrière est bien la classe la plus conséquente dans la lutte contre l’oligarchie capitaliste.

D’autant que face à l’affrontement de classes central entre la classe ouvrière et les puissances dominantes (direction d’Air-France semi-privatisée, gouvernement Valls, UE poussant à la précarisation générale du transport aérien : aéroports, compagnies d’aviation, aiguilleurs du ciel…), le FN a globalement « ramé » et… parlé d’autre chose en relançant la haine contre les « migrants » ! Et pour cause, ces faux amis de l’ouvrier et de la nation que sont les dirigeants FN ne veulent à aucun prix perdre l’oreille du MEDEF et de la droite classique sans lesquels ils n’accèderont pas au pouvoir.

 I.C.- Mais si l’explosion sociale a lieu, qui la dirigera et vers quels buts ?

 G.G.  Dans la configuration sociopolitique actuelle, l’exaspération de notre vieux pays frondeur peut hélas être exploité et dévoyée par l’extrême droite raciste – qui la dévoie contre les « étrangers » -, par l’ultra-droite patronale – qui cible les travailleurs de la Fonction publique et les « assistés » (sic), c’est-à-dire les travailleurs privés d’emploi par le système -, par les forces régionalistes qui accusent « Paris » et accompagnent la liquidation maastrichtienne de la République une et indivisible, par les divers communautarismes religieux, pseudo-musulmans, intégristes catholiques à la manœuvre (comme le montre la revue catholique progressiste Golias), etc., avec de graves dangers pour les acquis ouvriers et pour la survie et l’honneur même de notre pays.

Nous communistes n’avons pas peur de l’ainsi dite « explosion sociale » dont Philippe Martinez parle sur un ton craintif dans Le Journal du Dimanche. Nous savons que tous les progrès sociaux et démocratiques dans notre pays proviennent de la Révolution française, particulièrement de sa phase « jacobine » et « sans Culottes », des Trois Glorieuses (immortalisées par La Liberté guidant le peuple d’E. Delacroix), du Printemps des peuples de 1848 (parti de Paris), de la Commune de 1871, des grèves de 1936 et des occupations d’usine, des réformes du CNR portées par les ministres communistes et par les combats des FTP, de Mai 1968 et plus près de nous, des grèves de décembre 1995 qui stoppèrent l’offensive commune de Kohl et de Juppé, ou de l’insurrection étudiante de 2006 qui jeta bas le Contrat Patronal d’Esclavage (le CPE du gouvernement Villepin). Il faudrait aussi parler de la révolution communale du Moyen Âge ou des innombrables Jacqueries qui ébranlèrent le servage et qui préparèrent la Révolution bourgeoise démocratique de 1789/94.

Mais encore faut-il que ces temps forts de l’intervention populaire soient portées par des avant-gardes politiques, syndicales et culturelles qui les aident à s’orienter vers le progrès, à unir les couches populaires et moyennes contre les grands privilégiés, à éviter les diversions religieuses, racistes, régionalistes que les dominants promeuvent pour diviser le peuple, à éviter toute confusion entre le patriotisme légitime (quoi de plus normal que d’aimer son pays et que d’en défendre fièrement la langue ?) et la haine nationaliste, tournée contre autrui, à ne pas confondre non plusl’internationalisme progressiste des travailleurs avec le cosmopolitisme inhumain des guerres otaniennes et de l’euro-mondialisation maastrichtienne…

C’est pourquoi le PRCF appelle les communistes à s’unir indépendamment de cette direction du PCF qui se rallie TOUJOURS au final au PS, qui défend le mythe paralysant de l’ « Europe sociale » et de la « réorientation progressiste de l’euro », qui « engage le dialogue » avec Gattaz (lequel ne cache pas sa volonté d’en finir avec les syndicats !) ; les syndicalistes du PRCF invitent aussi les courageux militants de terrain CGT à rompre avec le mensonger « syndicalisme rassemblé » qui ligote leur confédé aux dirigeants jaunâtres de la C.E.S. et de la CFDT ; notre organisation franchement communiste propose aussi aux patriotes républicains de construire un « nouveau CNR », une Alliance rouge Marianne également tournée contre le Parti Maastrichtien Unique hollando-sarkozyste et contre le Rassemblement bleu Marine, lequel n’a rien d’autre à vendre en réalité que de mortelles guerres civiles interreligieuses et intercommunautaires qui « libaniseraient » notre pays.

A l’inverse, le 30 mai dernier, les organisations des Assises du communisme ont fait un pas dans la bonne direction en appelant DANS LA RUE la France à sortir de l’euro, de l’UE et de l’OTAN dans la perspective d’une sortie révolutionnaire du capitalisme sur la base d’un programme progressiste (indépendance nationale et coopération internationale, nationalisations démocratiques, démocratie centrée sur le monde du travail, lutte contre les inégalités et les discriminations, etc.). Prolongeons dans l’action cette orientation claire qui unit le drapeau rouge du Travail au drapeau tricolore de la nation et mettons la classe ouvrière au centre du nouveau Front Antifasciste, Patriotique et Populaire en lui permettant de tourner les colères sociales non pas contre « les voisins d’en bas », chômeurs, travailleurs immigrés, petits et moyens fonctionnaires, mais contre l’oligarchie capitaliste.

 I.C. - Comment avancer concrètement dans cette direction « rouge Marianne » ?

 G.G. - Le PRCF fait deux, voire trois propositions concrètes :

-          PRIORITE A LA SOLIDARITE DE CLASSE OUVRIERE : le 2 décembre prochain, alors que les ouvriers d’Air-France comparaîtront devant la « justice », que toutes les organisations franchement communistes, franchement républicaines (c’est-à-dire à la fois anti-UE et anti-FN, aucune complaisance avec les irresponsables qui jettent des passerelles vers le FN !), que les syndicalistes de classe se rassemblent devant les chambres patronales, les préfectures et sous-préfectures pour exiger la levée des sanctions et des licenciements et que tous appellent, fût-ce à plusieurs voix, à reconstruire dans l’action le grand « tous ensemble » de décembre 95 dont nous célébrerons bientôt le 20ème anniversaire ;

-          Rassemblons-nous sur une campagne politique populaire en portant l’appel-pétition pour un référendum qui permettra au peuple français de dire NON au maintien de la France dans l’euro/UE. Le peuple doit s’apprêter à faire front contre les illégitimes dirigeants qui contourneraient son vote comme l’a été le Non de 2005 avec l’aide, non seulement de l’UMP et du PS, mais des faux « radicaux » qui (comme Mme Buffet…) ont alors appelé Chirac à « prendre appui » sur le Non populaire pour renégocier la Constitution européenne ; alors qu’il fallait au contraire refuser TOUTE constitution européenne et appeler le peuple à virer les gouvernants maastrichtiens délégitimés par le Non souverain de notre peuple !

-          Et pourquoi pas, en décembre prochain, proposer aux communistes qui le souhaitent, pour peu qu’ils ne contournent pas l’exigence révolutionnaire des « quatre sorties » et qu’ils soient aussi clairs sur l’anti-FN que sur l’anti-« PMU », de débattre de la renaissance du vrai parti communiste ; en effet, nous fêterons en décembre prochain le 95ème anniversaire du Congrès de Tours (fondation du PCF) dont le PCF actuel n’a pas conservé pierre sur pierre !

 Et sans attendre, les militants du PRCF s’adressent directement à la population : débats politiques ininterrompus de la Fête de l’Huma, stands ou tractages aux braderies de Lille et de Lens, réunions publiques à Nice, Grenoble et Annecy, tractage à la manif nationale des enseignants, adresse aux cheminots sur la loi Macron (Toulouse), diffusion du nouveau journal JRCF intitulé La Jeune Garde, etc.

 Car si modeste qu’elle soit encore, notre organisation en progrès constants porte des initiatives unitaires sans lesquelles le mot « avant-garde » relèverait de l’autocélébration dérisoire. Que chacun veuille bien se prononcer sur ces propositions du PRCF, les compléter ou en faire d’autres, nous les discuterons volontiers pourvu qu’elles ne se réduisent pas à soutenir sans conditions telle ou telle liste électorale contournant la question centrale du maintien de la France dans l’UE… 

 Car plus que jamais l’heure est, non à la lutte des places mais à la lutte des classes, non au « Front républicain » sans contenu contre le FN (qui se nourrit de la confusion politique) mais au refus total de l’UE maastrichtienne et de ses contre-réformes, non au « Front de libération nationale » d’un Sapir tendant la main au FN mais au Front Antifasciste, Patriotique et Populaire. Et le magnifique sursaut combatif des militants ouvriers des entreprises et des quartiers ouvre des pistes concrètes pour construire ce « FRAPP » et donc, pour permettre au monde du travail de « FR.A.P.P.er » plus fort sur les casseurs du peuple et de la nation !